Piste noire
Dictée piste noire
Écoute la dictée
SCAPIN : Monsieur, votre fils.
GÉRONTE : Hé bien ! mon fils.
SCAPIN : Est tombé dans une disgrâce la plus étrange du monde.
GÉRONTE : Et quelle ?
SCAPIN : Je l'ai trouvé tantôt tout triste, de je ne sais quoi que vous lui avez dit, où vous m'avez mêlé assez mal à propos ; et, cherchant à divertir cette tristesse, nous nous sommes allés promener sur le port. Là, entre autres plusieurs choses, nous avons arrêté nos yeux sur une galère turque assez bien équipée. Un jeune Turc de bonne mine nous a invités d'y entrer, et nous a présenté la main. Nous y avons passé ; il nous a fait mille civilités, nous a donné la collation, où nous avons mangé des fruits les plus excellents qui se puissent voir, et bu du vin que nous avons trouvé le meilleur du monde.
GÉRONTE : Qu'y a-t-il de si affligeant en tout cela ?
SCAPIN : Attendez, Monsieur, nous y voici. Pendant que nous mangions, il a fait mettre la galère en mer, et, se voyant éloigné du port, il m'a fait mettre dans un esquif, et m'envoie vous dire que si vous ne lui envoyez par moi tout à l'heure cinq cents écus, il va vous emmener votre fils en Alger.
[…]
GÉRONTE : Va-t'en, Scapin, va-t'en vite dire à ce Turc que je vais envoyer la justice après lui.
SCAPIN : La justice en pleine mer ! Vous moquez-vous des gens ?
GÉRONTE : Que diable allait-il faire dans cette galère ?
SCAPIN : Une méchante destinée conduit quelquefois les personnes.
GÉRONTE : Il faut, Scapin, il faut que tu fasses ici l'action d'un serviteur fidèle.
SCAPIN : Quoi, Monsieur ?
GÉRONTE : Que tu ailles dire à ce Turc qu'il me renvoie mon fils, et que tu te mettes à sa place jusqu'à ce que j'aie amassé la somme qu'il demande.