Piste noire
Dictée piste noire
Écoute la dictée
Le même soir, vers neuf heures, tante Polly envoie les enfants se coucher. Sid ne tarde pas à s’endormir, mais Tom demeure éveillé, comptant les minutes avec une impatience fiévreuse. Il s’attend presque à voir paraître le jour lorsque dix heures sonnent ! De crainte de troubler le repos de Sid, il n’ose faire un mouvement. Il se tient coi, contemplant les ténèbres et trouvant le silence lugubre. Il se demande si le temps a cessé de marcher, quand le sommeil s’empare enfin de lui. Le coucou qui se trouve au bas de l’escalier sonne onze heures, mais le dormeur n’entend que des miaulements mélancoliques qui se mêlent aux péripéties d’un rêve confus. Le bruit d’une croisée qui s’ouvre, d’une voix qui crie : « Veux-tu décamper, vilain matou ! » et d’une bouteille qui se brise contre un mur de planches le réveillent en sursaut. Quelques minutes plus tard, il est habillé, se glisse par la fenêtre et rampe le long d’une espèce d’auvent. Il saute sur le toit d’un hangar et de là à terre. Huckleberry l’attend. Les deux amis s’éloignent à la hâte et disparaissent dans l’obscurité. Une demi-heure après, ils s’avancent avec intrépidité à travers les hautes herbes du cimetière, qui leur montent jusqu’aux genoux.
C’est un cimetière fort mal entretenu, situé sur une colline, entouré d’une clôture délabrée dont les planches penchent les unes en avant, les autres en arrière, et dont aucune ne tient droit. Les mauvaises herbes poussent à foison. Des croix de bois, rongées par les vers, chancèlent sur les fosses, cherchant un appui qu’elles ne trouvent pas.