Évaluation sur l’ordre du récit
Dans les extraits ci-dessous, dites si l’on trouve l’un de ces procédés : sommaire, pause, scène, ellipse, prolepse ou analepse.
Justifiez votre réponse avec un exemple précis que vous expliquerez.
Extrait 1
Il eut une inspiration : « Je vais boire un verre de liqueur chez le père Marowsko » ; et il remonta vers le quartier d’Ingouville.
Il avait connu le père Marowsko dans les hôpitaux à Paris. C’était un vieux Polonais, réfugié politique, disait-on, qui avait eu des histoires terribles là-bas et qui était venu exercer en France, après nouveaux examens, son métier de pharmacien. On ne savait rien de sa vie passée ; aussi des légendes avaient-elles couru parmi les internes, les externes, et plus tard parmi les voisins. Cette réputation de conspirateur redoutable, de nihiliste, de régicide, de patriote prêt à tout, échappé à la mort par miracle, avait séduit l’imagination aventureuse et vive de Pierre Roland ; et il était devenu l’ami du vieux Polonais, sans avoir jamais obtenu de lui, d’ailleurs, aucun aveu sur son existence ancienne. C’était encore grâce au jeune médecin que le bonhomme était venu s’établir au Havre, comptant sur une belle clientèle que le nouveau docteur lui fournirait.
(Pierre et Jean, Guy de Maupasssant)
Extrait 2
Bientôt la vitesse de ma descente s’accrut dans une effrayante proportion, et menaçait de ressembler à une chute. Je n’avais plus la force de m’arrêter. Tout à coup le terrain manqua sous mes pieds. Je me sentis rouler en rebondissant sur les aspérités d’une galerie verticale, un véritable puits. Ma tête porta sur un roc aigu, et je perdis connaissance.
Lorsque je revins à moi, j’étais dans une demi-obscurité, étendu sur d’épaisses couvertures. Mon oncle veillait, épiant sur mon visage un reste d’existence. À mon premier soupir il me prit la main ; à mon premier regard il poussa un cri de joie.
« Il vit ! il vit ! » s’écria-t-il.
(Voyage au centre de la terre de Jules Verne)
Extrait 3
Mais le père Roland ne buvait pas. Il regardait son verre, son verre plein de vin lumineux et clair, dont l'âme légère, l'âme enivrante s'envolait par petites bulles venues du fond et montant, pressées et rapides, s'évaporer à la surface ; il le regardait avec une méfiance de renard qui trouve une poule morte et flaire un piège.
(Pierre et Jean, Guy de Maupasssant)
Extrait 4
L’idée de la fin de la guerre, le lieutenant Pradelle, ça le tuait.
Il montrait des impatiences inquiétantes. Le manque d’entrain de la troupe l’embêtait beaucoup. Quand il arpentait les boyaux et s’adressait aux hommes, il avait beau mettre dans ses propos tout l’enthousiasme dont il était capable, évoquer l’écrasement de l’ennemi auquel une dernière giclée donnerait le coup de grâce, il n’obtenait guère que des bougonnements assez flous, les types opinaient prudemment du bonnet en piquant du nez sur leurs godillots. Ce n’était pas seulement la crainte de mourir, c’était l’idée de mourir maintenant. Mourir le dernier, se disait Albert, c’est comme mourir le premier, rien de plus con.
Or c’est exactement ce qui allait se passer.
(Au revoir là-haut, Pierre Lemaître)
Extrait 5
Au-dessus d’eux, les obus striaient le ciel dans les deux sens et secouaient la terre jusque dans les boyaux.
Albert regarda par-dessus l’épaule de Berry. Le lieutenant Pradelle, monté sur un petit avant-poste, scrutait les lignes ennemies à la jumelle. Albert reprit sa position dans la file. S’il n’y avait pas eu autant de bruit, il aurait pu réfléchir à ce qui le tracassait, mais les sifflements suraigus se succédaient, interrompus par des explosions qui vous faisaient trembler de la tête aux pieds. Allez vous concentrer, dans ces conditions-là.
Pour le moment, les gars sont dans l’attente de l’ordre d’attaquer. L’occasion n’est donc pas mauvaise pour observer Albert.
Albert Maillard. C’était un garçon mince, de tempérament légèrement lymphatique, discret. Il parlait peu, il s’entendait bien avec les chiffres. Avant la guerre, il était caissier dans une filiale de la Banque de l’Union parisienne. Le travail ne lui plaisait pas beaucoup, il y était resté à cause de sa mère.
(Au revoir là-haut, Pierre Lemaître)
Extrait 6
Tout le jour fut encore perdu en discussions. Mais, comme la vieille ne céda pas, l'aubergiste, à la fin, consentit à donner les cinquante écus.
Ils signèrent l'acte le lendemain. Et la mère Magloire exigea dix écus de pot de vin.
Trois ans s'écoulèrent. La bonne femme se portait comme un charme. Elle paraissait n'avoir pas vieilli d'un jour, et Chicot se désespérait. Il lui semblait, à lui, qu'il payait cette rente depuis un demi-siècle, qu'il était trompé, floué, ruiné. Il allait de temps en temps rendre visite à la fermière, comme on va voir, en juillet, dans les champs, si les blés sont mûrs pour la faux. Elle le recevait avec une malice dans le regard. On eût dit qu'elle se félicitait du bon tour qu'elle lui avait joué […].
(« Le petit fût » de Guy de Maupassant)
Extrait 7
Elle s'approcha.
— Bonjour, Jeanne.
L'autre ne la reconnaissait point, s'étonnant d'être appelée ainsi familièrement par cette bourgeoise.
Elle balbutia :
— Mais... madame !... Je ne sais... Vous devez vous tromper.
— Non. Je suis Mathilde Loisel.
Son amie poussa un cri :
— Oh !... ma pauvre Mathilde, comme tu es changée !...
— Oui, j'ai eu des jours bien durs, depuis que je ne t'ai vue ; et bien des misères... et cela à cause de toi !...
— De moi . . . Comment ça ?
— Tu te rappelles bien cette rivière de diamants que tu m'as prêtée pour aller à la fête du ministère.
— Oui. Eh bien ?
— Eh bien, je l'ai perdue.
— Comment ! puisque tu me l'as rapportée.
(« La parure » de Guy de Maupassant)
Extrait 8
Mme Loisel connut la vie horrible des nécessiteux. Elle prit son parti, d'ailleurs, tout d'un coup, héroïquement. Il fallait payer cette dette effroyable. Elle payerait. On renvoya la bonne ; on changea de logement ; on loua sous les toits une mansarde.
Elle connut les gros travaux du ménage, les odieuses besognes de la cuisine. Elle lava la vaisselle, usant ses ongles roses sur les poteries grasses et le fond des casseroles. Elle savonna le linge sale, les chemises et les torchons, qu'elle faisait sécher sur une corde ; elle descendit à la rue, chaque matin, les ordures, et monta l'eau, s'arrêtant à chaque étage pour souffler. Et, vêtue comme une femme du peuple, elle alla chez le fruitier, chez l'épicier, chez le boucher, le panier au bras, marchandant, injuriée, défendant sou à sou son misérable argent.
Il fallait chaque mois payer des billets, en renouveler d'autres, obtenir du temps.
Le mari travaillait, le soir, à mettre au net les comptes d'un commerçant, et la nuit, souvent, il faisait de la copie à cinq sous la page.
Et cette vie dura dix ans.
(« La parure » de Guy de Maupassant)
Extrait 9
Je voulus résister au sommeil. Ce fut impossible. Ma respiration s’affaiblit. Je sentis un froid mortel glacer mes membres alourdis et comme paralysés. Mes paupières, véritables calottes de plomb, tombèrent sur mes yeux. Je ne pus les soulever. Un sommeil morbide, plein d’hallucinations, s’empara de tout mon être. Puis, les visions disparurent, et me laissèrent dans un complet anéantissement.
Le lendemain, je me réveillai la tête singulièrement dégagée. A ma grande surprise, j’étais dans ma chambre.
(Vingt mille lieues sous les mers de Jules Verne)
Extrait 10
Nous avons regardé un moment sans rien dire. J'aimais ces toits, ces monuments qui s'estompaient au loin. Je ne savais pas encore que je ne reverrais plus ce paysage si familier. Je ne savais pas que d'ici quelques heures, je ne serais plus un enfant.
(Un Sac de billes de Joseph Joffo)