Séance 2 La structure du roman
Pour commencer
Lecture de « Il avait enroulé son fil au tolet d’un aviron » à « un zut énergique qui s’adressait autant à la veuve indifférente qu’aux bêtes insaisissables »)
Questions
- Que raconte cet extrait ? Présentez les deux frères et expliquez comment la partie de pêche a été organisée.
- Ce qui suit l’incipit est-il la suite de l’histoire ? Expliquez. Après l’incipit in medias res, nous avons un retour en arrière (analepse) à visée explicative (on nous explique qui sont Pierre et Jean, ce qu’ils font là et pourquoi)
- Quels temps dominent dans ce passage ? Plus-que-parfait (antériorité)
- Quels rapports entretiennent les deux frères ? Rivalité (voir champ lexical dans tout le passage)
Temporalité du récit
Tout livre est l’objet d’une construction. Voir le plan de Harry Potter ci-dessous.

On oppose récit et histoire.
La structure du roman (chapitre I à IV)
Complétez ce tableau couvrant les quatre premiers chapitres.
| Histoire (temps réel) | Récit (temps de la fiction) | Événements racontés | Nombre de pages |
|---|---|---|---|
| Jour 1 (mardi) | Chapitre I (le jour) | Partie de pêche Retour à la maison Venue du notaire et annonce de l’héritage |
24 |
| Jour 1 (mardi) | Chapitre II (la nuit) | Méditations de Pierre sur la jetée Première visite chez le pharmacien Marowsko et premiers doutes |
10 |
| Chapitre III | Découverte par Pierre de l’appartement boulevard François-Ier Au jardin public Discussion avec la petite bonne de brasserie ; soupçons Repas après signature chez le notaire |
19 | |
| Chapitre IV | 18 |
Complétez ce tableau couvrant les cinq chapitres suivants.
| Histoire (temps réel) | Récit (temps de la fiction) | Événements racontés | Nombre de pages |
|---|---|---|---|
| Jour 4 (vendredi) | Chapitre V | 18 | |
| Chapitre VI | 18 | ||
| Chapitre VII | 18 | ||
| Chapitre VIII | 16 | ||
| Chapitre IX | 16 |
Correction
- Cet extrait présente les deux frères et explique comment la partie de pêche a été organisée.
- Après l’incipit et ce début in medias res, nous avons un retour en arrière (analepse) à visée explicative (on nous explique qui sont Pierre et Jean, ce qu’ils font là et pourquoi).
- Le plus-que-parfait (exprimant l’antériorité) est le temps qui domine.
- Les deux frères entretiennent dès le début un rapport de rivalité (voir champ lexical dans tout le passage).
| Histoire (temps réel) | Récit (temps de la fiction) | Événements racontés | Nombre de pages |
|---|---|---|---|
| Jour 1 (mardi) | Chapitre I (le jour) | Partie de pêche Retour à la maison Venue du notaire et annonce de l’héritage |
24 |
| Jour 1 (mardi) | Chapitre II (la nuit) | Méditations de Pierre sur la jetée Première visite chez le pharmacien Marowsko et premiers doutes |
10 |
| Jour 2 (mercredi) | Chapitre III | Découverte par Pierre de l’appartement boulevard François-Ier Au jardin public Discussion avec la petite bonne de brasserie ; soupçons Repas après signature chez le notaire |
19 |
| Jour 3 (jeudi) | Chapitre IV | Réflexions matinales de Pierre Déjeuner jovial Promenade en mer avec Jean-Bart Retour et dîner suscitant à nouveau la jalousie de Pierre |
18 |
| Jour 4 (vendredi) | Chapitre V | Réflexions de Pierre durant la nuit Pierre observe Jean dormant Promenade à Trouville Dîner et soirée chez les Roland |
18 |
| Entre 8 et 15 jours Nouvelle journée |
Chapitre VI | Relations conflictuelles entre Pierre et sa mère Partie de campagne à Saint-Jouin Demande en mariage (Jean et madame Rosémilly) Dialogue entre Pierre et sa mère puis entre la mère et Jean |
18 |
| Le même jour | Chapitre VII | Retour au Havre Visite de l’appartement de Jean Dispute de Pierre et Jean Aveu de madame Roland |
18 |
| Le même jour et le jour suivant | Chapitre VIII | Méditation de Jean Jean se rend chez ses parents Repas en présence de Pierre Jean l’incite à embarquer sur La Lorraine Visite de Jean et sa mère à madame Rosémilly Chez Jean |
16 |
| Un mois environ | Chapitre IX | Visite de Pierre au pharmacien et à la fille de la brasserie Départ de Pierre |
16 |
Le roman couvre une brève période (deux mois pour 160 pages).
Il est structuré autour des jumeaux. Il y a d’ailleurs un effet de symétrie dans la composition du roman :
- Les chapitres II à IV présentent les réactions de Pierre.
- Dans les chapitres VI à IX, c'est surtout Jean que nous voyons réfléchir et prendre des décisions.
Un chapitre correspond souvent au rythme d'une journée.
Les chapitres I à V couvrent une durée de 4 jours. Le chapitre VI condense en une phrase une période de 8 à 15 jours (« Rien ne survint chez les Roland pendant une semaine ou deux »).
La temporalité du récit
Un récit est une succession d’événements réels ou fictifs. Un récit raconte une histoire.
On oppose donc le récit à l’histoire.
- Le récit est l’acte de raconter. C’est en quelque sorte le contenant, les mots dans un texte ou les images dans un film.
- L’histoire est le contenu, c’est ce que raconte le récit.
Le récit et l’histoire sont liés comme le sont le recto et le verso d’une page ou encore le côté pile et le côté face d’une pièce, mieux comme le signifiant et le signifié d’un mot.
Or le récit est une séquence deux fois temporelle : il y a le temps de la chose racontée et le temps de l’acte raconté.
Le récit peut se dérouler sans respecter l’ordre chronologique de l’histoire. En effet, si on admet qu’une histoire se déroule selon un ordre chronologique (une succession d’événements qui se sont déroulés selon un certain ordre dans le temps), le récit, c’est-à-dire l’acte de rapporter cette histoire, peut ne pas suivre cette chronologie. Ainsi, dans L’Iliade, le récit commence par le milieu de l’histoire. On a ce qu’on appelle un début in medias res :
Chante, déesse, la colère d’Achille, le fils de Pélée ; détestable colère, qui aux Achéens valut des souffrances sans nombre et jeta en pâture à Hadès tant d’âmes fières de héros, tandis que de ces héros mêmes elle faisait la proie des chiens et de tous les oiseaux du ciel – pour l’achèvement du dessein de Zeus. Pars du jour où une querelle tout d’abord divisa le fils d’Atrée, protecteur de son peuple, et le divin Achille. Qui des dieux les mit donc aux prises en telle querelle et bataille ? Le fils de Létô et de Zeus. C’est lui qui, courroucé contre le roi, fit par toute l’armée grandir un mal cruel, dont les hommes allaient mourant ; cela, parce que le fils d’Atrée avait fait affront à Chrysès, son prêtre.
Relevons les événements évoqués dans cette histoire d’après l’ordre de leur apparition dans le récit en complétant le schéma ci-dessous :
A – La colère d’Achille
B –
C –
D –
E –
À présent, numérotons les événements relevés dans la question précédente de la façon suivante, c’est-à-dire selon l’ordre chronologique de l’histoire :
A – La colère d’Achille – 4
B –
C –
D –
E –
Que remarquez-vous ?
Le temps de la chose racontée n’est donc pas le temps de l’acte raconté.
En fait, une histoire peut être racontée en en variant le rythme, c’est-à-dire en accélérant ou en ralentissant (la durée du récit) ou encore en brisant la chronologie (de l’ordre du récit). On peut même choisir de ne pas raconter un passage :
[…] elle se dit : « Oh, puissé-je avoir une enfant, aussi blanche que la neige, aussi rouge que le sang et aussi noire que le bois de ce cadre ! » Peu après, elle eut une petite fille qui était aussi blanche que la neige, aussi rouge que le sang et aussi noire de cheveux que l’ébène, et que pour cette raison on appela Blancheneige. Et quand l’enfant fut née, la reine mourut.
Un an plus tard, le roi prit une autre épouse.
Dans cet extrait, la mère de Blancheneige rêve d’avoir une enfant. On a alors une première ellipse (le récit passe sous silence un ou plusieurs événements. Il y a donc un trou, un vide dans le récit : quelque chose s’est passé mais n’a pas été raconté) signalée par le complément circonstanciel de temps « peu après », et une deuxième doublement signalée par le changement de paragraphe et le groupe nominal complément circonstanciel de temps « un an plus tard ». Une ellipse est généralement signalée par un complément circonstanciel indiquant que du temps s’est écoulé.
La deuxième ellipse passe sous silence l’année de deuil. Cela permet d’accélérer le récit en taisant des événements peu importants pour la compréhension de l’histoire tout en allant à l’essentiel (une nouvelle épouse qui posera bien des problèmes à Blancheneige).
Voyons à présent quelles sont les autres anachronies narratives (c’est-à-dire les différentes formes de discordance entre l’ordre de l’histoire et l’ordre du récit).
L’ordre
- L’analepse est un retour en arrière. Le narrateur raconte un événement qui s’est déroulé dans le passé (donc un événement antérieur au point de l’histoire où on se trouve).
- La prolepse correspond à une anticipation. Le narrateur annonce, à l’avance, ce qui va se passer ultérieurement dans l’histoire.
La durée
- Le sommaire consiste à raconter plusieurs semaines, plusieurs mois ou années en quelques lignes seulement. C’est donc un résumé. Cela évite au récit de traîner en longueur et de s’attarder sur des moments que l’on juge sans importance.
- La scène a la durée qu’elle aurait dans la réalité. C’est souvent un dialogue. On a alors le sentiment de vivre l’événement raconté.
- La pause suspend la narration. Il ne se passe plus rien, il n’y a plus aucun événement, plus aucune action. L’auteur s’attarde à la description. On parle donc de pause descriptive. C’est le cas lorsqu’un auteur décrit un lieu ou dresse le portrait d’un personnage.
Exercices
Trouvez dans les extraits ci-dessous de « La dot » de Guy de Maupassant au moins une ellipse, une scène, une pause et un sommaire. Justifiez vos réponses.
Extrait 1
La cérémonie d'épousailles mit tout Boutigny sens dessus dessous.
On admira fort les mariés, qui rentrèrent cacher leur bonheur au domicile conjugal, ayant résolu de faire tout simplement un petit voyage à Paris après quelques jours de tête-à-tête.
Il fut charmant, ce tête-à-tête, maître Lebrument ayant su apporter dans ses premiers rapports avec sa femme une adresse, une délicatesse et un à-propos remarquables. Il avait pris pour devise « Tout vient à point à qui sait attendre. » Il sut être en même temps patient et énergique. Le succès fut rapide et complet.
Au bout de quatre jours, Mme Lebrument adorait son mari.
Extrait 2
Et elle demeura immobile entre un gros monsieur qui sentait la pipe et une vieille femme qui sentait le chien.
Tous les autres voyageurs, alignés et muets - un garçon épicier une ouvrière, un sergent d'infanterie, un monsieur à lunettes d'or coiffé d'un chapeau de soie aux bords énormes et relevés comme des gouttières, deux dames à l'air important et grincheux, qui semblaient dire par leur attitude : « Nous sommes ici, mais nous valons mieux que ça », deux bonnes sœurs, une fille en cheveux et un croque-mort, avaient l'air d'une collection de caricatures, d'un musée des grotesques, d'une série de charges de la face humaine, semblables à ces rangées de pantins comiques qu'on abat, dans les foires, avec des balles.
Les cahots de la voiture ballottaient un peu leurs têtes, les secouaient, faisaient trembloter la peau flasque des joues ; et, la trépidation des roues les abrutissant, ils semblaient idiots et endormis.
La jeune femme demeurait inerte […].
Extrait 3
« Comme c'est loin ! se disait Jeanne. Pourvu qu'il n'ait pas eu une distraction, qu'il ne soit pas endormi ! Il s'est bien fatigué depuis quelques jours. » Peu à peu tous les voyageurs s'en allaient. Elle resta seule, toute seule. Le conducteur cria :
« Vaugirard ! »
Comme elle ne bougeait point, il répéta :
« Vaugirard ! »
Elle le regarda, comprenant que ce mot s'adressait à elle, puisqu'elle n'avait plus de voisins. L'homme dit, pour la troisième fois :
« Vaugirard ! »
Alors elle demanda :
« Où sommes-nous ? »
Il répondit d'un ton bourru :
« Nous sommes à Vaugirard, parbleu, voilà vingt fois que je le crie.
— Est-ce loin du boulevard ? dit-elle.
— Quel boulevard ?
— Mais le boulevard des Italiens.
— Il y a beau temps qu'il est passé !
— Ah ! voulez-vous bien prévenir mon mari ?
— Votre mari ? Où ça ?
— Mais sur l'impériale.
— Sur l’impériale ! v'là longtemps qu'il n'y a plus personne. »
Rédiger un dialogue
Lisez ce court extrait puis imaginez un dialogue entre la mère et la fille.
Et les deux Malivoire, mère et fille, à genoux sous le ventre de la vache, tirent par un vif mouvement des mains sur le pis gonflé, qui jette, à chaque pression, un mince fil de lait dans le seau. La mousse un peu jaune monte aux bords et les femmes vont de bête en bête jusqu'au bout de la longue file.
Dès qu'elles ont fini d'en traire une, elles la déplacent, lui donnant à pâturer un bout de verdure intacte.
Puis elles repartent, plus lentement, alourdies par la charge du lait, la mère devant, la fille derrière.
Mais celle-ci brusquement s'arrête, pose son fardeau, s'assied et se met à pleurer.
La mère Malivoire, n'entendant plus marcher, se retourne et demeure stupéfaite.
Insérer une ellipse
Complétez ces extraits de façon à ce qu’ils s’achèvent par une ellipse. Pour cela, une simple phrase commençant par un complément circonstanciel suffit. Vous pouvez imaginer ce que vous voulez.
Extrait 1
Il habitait une sorte de petit pavillon de briques adossé aux bâtiments d'exploitation qu'occupaient ses fermiers. Car il s'était retiré du faire-valoir, pour vivre de ses rentes.
Il avait environ cinquante-cinq ans ; il était gros, jovial et bourru comme un homme riche.
Extrait 2
C'était un paysan, le fils d'un fermier normand. Tant que le père et la mère vécurent, on eut à peu près soin de lui ; il ne souffrit guère que de son horrible infirmité ; mais dès que les vieux furent partis, l'existence atroce commença. Recueilli par une sœur, tout le monde dans la ferme le traitait comme un gueux qui mange le pain des autres. À chaque repas, on lui reprochait la nourriture ; on l'appelait fainéant, manant ; et bien que son beau-frère se fût emparé de sa part d'héritage, on lui donnait à regret la soupe, juste assez pour qu'il ne mourût point.
Insérer une pause
Insérez une pause (c’est-à-dire une description) à la fin de cet extrait.
Devant la porte de la ferme, les hommes endimanchés attendaient. Le soleil de mai versait sa claire lumière sur les pommiers épanouis, ronds comme d'immenses bouquets blancs, roses et parfumés, et qui mettaient sur la cour entière un toit de fleurs. Ils semaient sans cesse autour d'eux une neige de pétales menus, qui voltigeaient et tournoyaient en tombant dans l'herbe haute, où les pissenlits brillaient comme des flammes, où les coquelicots semblaient des gouttes de sang.
Une truie somnolait sur le bord du fumier.