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Le rondeau

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Le rondeau est un court poème qui doit son nom à la ronde (que l’on dansait et chantait à l’origine). Il est apparu au XIIIe siècle, et il est généralement composé de trois strophes en octosyllabes ou en décasyllabes sur deux rimes seulement. Le rondeau est rythmé par un refrain.

Ce rondeau de Vincent Voiture (XVIIe siècle), qui en donne les règles, tire le refrain du premier hémistiche du premier vers (et qui s’ajoute aux deux autres strophes) :

Ma foi, c'est fait de moi. Car Isabeau
M'a conjuré de lui faire un rondeau.
Cela me met en une peine extrême.
Quoi ! treize vers : huit en eau, cinq en ême !
Je lui ferais aussitôt un bateau.

En voilà cinq pourtant en un monceau.
Faisons-en sept, en invoquant Brodeau,
Et puis mettons : par quelque stratagème :
Ma foi, c'est fait.

Si je pouvais encor de mon cerveau
Tirer cinq vers, l'ouvrage serait beau.
Mais cependant me voilà dans l'onzième,
Et si je crois que je fais le douzième,
En voilà treize ajusté de niveau.
Ma foi, c'est fait !

Mais il existe des rondeaux beaucoup plus simples comme celui de Jean Froissart (XIVe siècle) dont vous trouvez ensuite la traduction :

Tant crain Refus que je n’ose aprochier
Celle qui est ma santé et ma vie
Or me convient fuïr ce que j’ai chier :
Tant crain Refus que je n’ose aprochier.
Si me faut il passer par ce dangier :
Or prie Amours qu’il me soit en aïe ;
Tant crain Refus que je n’ose aprochier
Celle qui est ma santé et ma vie.

Je crains tant Refus que je n’ose approcher
Celle qui est ma santé et ma vie
Or il me convient de fuir ce qui m’est cher :
Je crains tant Refus que je n’ose approcher.
Il me faut pourtant passer par ce danger :
Je prie donc Amour de me venir en aide ;
Je crains tant Refus que je n’ose approcher
Celle qui est ma santé et ma vie.

La figure du rond est donnée par la forme, puisque le poème s’achève sur les vers qui l’ont commencé. La simplicité du poème exprime un sentiment léger, spontané qui convient bien à la déclaration amoureuse. Il semble presque improvisé, d’une sensibilité naturelle.

Voici un dernier exemple très célèbre d’un rondeau de Charles d’Orléans (XVe siècle) :

Le temps a laissé son manteau
De vent, de froidure et de pluie,
Et s'est vêtu de broderie,
De soleil luisant, clair et beau.

Il n'y a bête ni oiseau,
Qu'en son jargon ne chante ou crie :
Le temps a laissé son manteau
De vent, de froidure et de pluie.

Rivière, fontaine et ruisseau
Portent en livrée jolie,
Gouttes d'argent, d'orfèvrerie,
Chacun s'habille de nouveau
Le temps a laissé son manteau
De vent, de froidure et de pluie.

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